Finance Dakar : Faillite de crédit Suisse

La finance traditionnelle a eut chaud

Mais est-ce que c’est bien fini? Ou bien y a-t-il encore un risque de contagion à l’ensemble du système bancaire? Et doit-on craindre le même scénario qu’en 2008?

Le mardi 14 mars 2023 nous vous parlions de l’effondrement de plusieurs banques régionales américaines. Silicon Valley Bank, Silvergate, First Republic Bank et Signature Bank. De l’impact de l’événement sur les bourses mondiales jusqu’en Europe et notamment des risques qui pesaient sur le crédit suisse, eh ben ça n’a pas loupé.

L’action de l’ancienne plus grande banque Helvetic (Crédit Suisse), qui avait déjà perdu près de 90% de sa valeur en 10 ans, est descendue au ras des pâquerettes. 1,56 francs le mercredi 15 mars 2023, après les mauvaises nouvelles en provenance d’Amérique. Heureusement, une semaine plus tard et il semble provisoirement tiré d’affaires, mais pour autant, les angoisses des marchés sont loin de s’être calmées. De nombreuses questions sont toujours en suspens et nous nous les posons tous.

Doit-on craindre le même scénario qu’en 2008?

Sur tous les marchés, l’événement avait provoqué une vague de panique et en réponse, les valeurs bancaires, même les plus solides, avaient dévissé sur les bourses américaines comme européennes.
Sur le vieux continent, après des années de dégringolade durant lesquelles l’action a perdu plus de 90% de sa valeur, le Crédit Suisse, qui était déjà en proie à de graves difficultés et en pleine restructuration depuis deux ans, s’est pris l’événement en pleine face.

Des faiblesses matérielles, du retard dans la publication de ces chiffres, un carton rempli de casseroles, ont fait du Crédit Suisse la banque la plus sulfureuse d’Europe et ont causé une violente crise de confiance.
Mercredi 15 mars 2023, après des mois d’inquiétude face à la fuite d’environ 50 milliards de francs suisses de dépôt, soit quasiment la même chose en euros, elle a tiré la sonnette d’alarme.

Son actionnaire principal, la Saudi National Bank, a refusé de mettre la main à la poche, peut-être en raison d’une obstruction réglementaire comme l’a avancé son président, ou peut-être parce que la banque saoudienne a déjà perdu un demi-milliard de francs suisses depuis son entrée au capital et qu’il est temps que ça s’arrête.
L’abandon du Crédit Suisse par l’Arabie saoudite l’a plongé dans une situation délicate. Il risque de manquer d’argent pour faire face aux demandes de remboursement qui se multiplient et en bourse le titre a touché le fond avant de commencer à creuser.

Le lendemain, jeudi 16 mars, pendant que la Banque Centrale Européenne et la Réserve Fédérale Américaine calculent à leurs expositions respectives au Crédit Suisse, celui-ci s’est tourné vers la BDS, la Banque Nationale de Suisse, et demande à bénéficier d’une option d’emprunt garantie par ses derniers actifs.
La menace de crise systémique s’est éloignée quand la BDS a accordé 50 milliards de francs suisses en urgence pour prévoir le manque éminent de liquidités.
C’est évidemment une opération de la dernière chance, et si elle est tentée, c’est que le Crédit Suisse a encore des cartes en main pour poursuivre sa transformation entamée en 2021.
Il ne détient pas que de produits de taux risqué, son portefeuille de prêt est garantie à hauteur de 90%, il répond aux exigences réglementaires de fonds propres et de liquidités mais surtout, il a un acheteur, l’autre géant de la Banque Suisse, UBS, pour un montant de 3 milliards de dollars.

Les nouvelles de cette fin de semaine dernière ont été bien accueillies par les investisseurs, c’était le but, et le titre a repris des couleurs vendredi. Les autorités suisses suivent le dossier au plus près. Elles ont fait pression toute la semaine pour trouver une solution avant la réouverture des bourses ce lundi, mais la joie aura été de courte durée car les marchés ne sont toujours pas rassurés.

La branche anglo-saxonne de la Silicon Valley Bank a déjà retrouvé un repreneur en HSBC, quant aux clients américains, ils respirent aussi puisque l’État a décidé de garantir tous les dépôts.
La même mesure a été prise pour Signature Bank. Bonne nouvelle aussi pour la First Republic, elle se voit soutenue par une dizaine de grandes banques comme JP Morgan Chase ou la Bank of America, et va bénéficier de 30 milliards de dollars de facilité pour lui éviter un naufrage.
Une opération menée par Jamie Dimon, actuel président de la JP Morgan Chase, à l’image de JP Morgan lui-même en 1913, quand il avait constitué un pool pour sauver le système moquard américain, ce qui avait finalement abouti à la création de la Fed.

Le département du trésor américain se félicite de cet élan de soutien entre banques, qui devrait restaurer au moins en partie la confiance des épargnants dans le système financier, et qui prouve sa résilience. il s’agit surtout d’éviter une réaction en chaîne.

Personne ne veut de l’effondrement d’une banque, encore moins d’une banque systémique, et c’est pourquoi d’autres observateurs voient dans tout cela un signal alarmant.
Avec cette opération de sauvetage, le risque qui reposa jusqu’à maintenant seulement sur la clientèle des banques régionales est dorénavant réparti sur toutes les grandes banques, et là aussi on s’inquiète du caractère temporaire de la mesure. Les 30 milliards destinés à la First Republic sont en fait ses propres dépôts qu’elle détient dans les banques consoeurs, qu’elle lui rende avec un effet de levier, donc une dette en plus, mais surtout qui seront à sa disposition pendant 120 jours seulement. Et dans quatre mois? Personne ne sait.

C’est évidemment vital pour trouver des moyens de soigner le mal à la racine, mais elles ne font que reporter le problème, et elles sont aussi la garantie que si les solutions envisagées cette semaine ne suffisent pas, les prochaines mesures devront être encore plus importantes et plus coûteuses. C’est ce que pensent les analystes de la Barclays ou le PDG du fonds Pershing Square, Bill Ackman, interrogés au sujet du crédit suisse.
Selon eux, le secteur bancaire européen est carrément sur le point de s’effondrer. Personne ne sait encore où en sera l’inflation l’été prochain, ni quel niveau auront atteint les taux, et encore moins à quoi ressemblera le paysage financier.

Malgré les efforts des autorités pour limiter la casse et stabiliser le système bancaire, l’enchaînement des faillites express des banques américaines rappelle douloureusement les souvenirs de la crise des subprimes.
Alors, on peut peut-être commencer par là, car à l’époque, tout avait aussi commencé avec une hausse des taux directeurs et des défaillances bancaires.
Transportons-nous d’un bon aux Etats-Unis à l’été 2007. Dans un contexte de hausse des taux régulières, passé de 1% à 5,25% en deux ans, plusieurs banques commencent à tirer la langue dès les premiers rayons du soleil d’été.
Elles doivent payer plus cher les liquidités dont elles ont besoin pour assurer leur fonctionnement quotidien, et leurs réserves obligataires perdent de la valeur. Mais ignore pas que les banques y souffrent, car les mensualités de prêts des ménages ont aussi augmenté.

Jusque-là, le marché immobilier américain vivait une espèce d’euphorie permanente
alimentée par des taux bas et des conditions d’accès aux crédits facilités.
Les banques, ont accordé des prêts immobiliers, beaucoup de prêts immobiliers, à des ménages qui n’en avaient pas les moyens et à taux variable. Pour limiter leurs risques, les banques qui ont accordé ces crédits pourris les ont
ensuite titrisées, ou bien dit autrement, rassemblées, ficelées et transformées en titres négociables, les fameuses subprimes.
La suite, on la connaît, ces subprimes ont été vendues par palette de milliards de dollars aux autres banques, au fonds d’investissement, partout dans le monde, jusqu’en Europe et en Asie.

Ils proposaient des rendements alléchants et les acheteurs n’avaient aucune idée de la qualité des crédits contenus à l’intérieur.
Après coup, la responsabilité de la banque JP Morgan Chase sera reconnue et elle sera poursuivie et condamnée pour cela.

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que quand l’immobilier américain a commencéà baisser et que les impayés se sont multipliés, le pote aux roses a été découvert. Les subprimes ont perdu toute valeur et des centaines de milliards de dollars se sont évaporés en quelques semaines.
Bear Stearns et Lehman Brothers, fondés respectivement en 1923 et 1850, disparaissent du paysage
bancaire américain sous les yeux médusés des investisseurs, banquiers et autorités financières du monde.
Confrontées à des problèmes structurels de refinancement et fortement exposés aux subprimes, elles n’ont pas tenu le coup et elles ont entraîné toute la finance avec elles.

Entre septembre 2007 et mars 2009, la FED rabaissait les taux en urgence, les principales places boursières encaissent une lame de fond qui leur fait perdre plus de la moitié de leur valeur, moins 55% pour le S&P 500 et moins 53%
pour le CAC 40.

Les banques se font sévèrement secouées.

Pour stabiliser le système bancaire, il faut renflouer en urgence les banques les plus fragiles.

Certaines seront sauvées, restructurées et recapitalisées, d’autres pas. Cette crise aura coûté près de 1000 milliards de dollars. Elle sera à l’origine de nouvelles normes et exigences réglementaires plus strictes, censées garantir la stabilité financière et la liquidité de chaque établissement dit systémique.

Normalement, ce qui s’est passé ne pourra plus jamais arriver, et pourtant les récents événements auraient tendance à nous montrer le contraire, donc il est normal qu’on se pose des questions.

Cette fois la situation est bien pire

La crise de 2008 a été déclenchée par la chute des marchés immobiliers dans un contexte de hausse des taux.
Or aujourd’hui, si le contexte haussier est identique, pour le reste, c’est pire.
Entre 2004 et 2008, l’inflation était maîtrisée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Entre 2004 et 2008, l’euro était fort face aux dollars, il flirtait avec 1,40$, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Entre 2004 et 2008, la dette souveraine américaine, qui est passée d’environ 6 000 milliards
à 10 000 milliards de dollars, atteignait plus ou moins 70% du PIB.
En Europe en 2007, la dette publique moyenne des pays de l’Union représentait 61,8% du PIB.
Aujourd’hui, elle atteint 115% dans les pays de l’Ouest, sans compter la Grèce, l’Italie et le Portugal, où elle dépasse 120%. Partout, elle a augmenté plus vite que la croissance.

Dans nos pratiques financières non plus, nous ne sommes plus dans le monde de 2008. Les relations et la coopération entre grandes banques se sont renforcées pendant la crise sanitaire et plus récemment depuis le début de la guerre russo-ukrainienne. Et puis en 15 ans, la banque a considérablement changé de visage.
Le système entier s’est concentré, les échanges ont explosé, les nouveaux protocoles numériques ont modifié les habitudes et ouvert la voie à des produits financiers innovants ou d’autres moyens d’emprunter, de s’assurer et de faire du profit.
Avec l’arrivée des intelligences artificielles et du trading à haute vitesse, l’illusion de la totale maîtrise des marchés s’est renforcée et des risques ont progressivement été ignorés, particulièrement les risques rares, ce qu’on appelle en économie les signes noirs.
Des choses qui ne peuvent pas arriver à tel point qu’on ne les envisage même pas et qui pourtant se produisent, comme par exemple la chute d’un établissement historique plus que centenaire ou une guerre aux portes de l’Europe.
Ou encore, malversation, mauvaise gestion, hyper spécialisation, investissement hasardeux, les stratégies dangereuses sont de nos jours couramment pratiquées par les banques, particulièrement par les banques d’investissement, et l’actualité nous montre qu’il n’en faut pas plus pour les faire trébucher, en solo ou en groupe.
Non, la situation ne ressemble pas à celle de 2008, mais elle n’interdit pas que le résultat soit le même.

Recul général des valeurs bancaires

Les faillites américaines de la semaine dernière ont déclenché un nouveau recul général des valeurs bancaires, pas seulement aux États-Unis, et la décision d’UBS de voler au secours du crédit suisse n’a pas changé grand-chose.
Depuis le 6 mars 2023, BNP baisse de 22%, la Société Générale de 27,44%, AXA de 13,9%, ING de 25,42%.
La Deutsche Bank a perdu un tiers de sa valeur et l’indice sectoriel des sociétés financières recule de 15,8%.

Christine Lagarde, la présidente de notre banque centrale, est montée au créneau pour apaiser les marchés et éviter une crise de confiance. Comme elle assurait l’année dernière que l’inflation ne serait que transitoire.

Les banques ne sont pas solides

il y a un risque de contagion en Europe et que ce qui se passe outre-Atlantique a un impact sur le système bancaire européen.

Les banques ne sont pas solides, elles ont trés peut de réserves, elles ne sont pas bien capitalisées et elles ont des liens d’importance ou risqué avec les banques régionales américaines, et si des difficultés devaient se présenter, la BCE fera marcher la planche à billet de toute façon pour ne pas laisser la situation se dégrader.

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